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4 octobre 2006 3 04 /10 /octobre /2006 13:30
La JEC, pour une spiritualité de la libération.(suite et fin)  
Par Jean Paul Sagadou
Au sein d’une Eglise servante
 
Nous sommes d’accord que l’Eglise est avant tout une Eglise Servante à l’image de son fondateur le Christ Serviteur. L’Eglise existe non pour elle-même, mais pour une mission précise : évangéliser, c’est-à-dire faire naître les signes du Royaume de Dieu qui est le seul absolu, car il est la volonté même de Dieu, le but poursuivi par Dieu, ce qu’il veut.
 
Toute la communauté chrétienne, en communion avec le Christ, et par lui avec le Dieu Trinité, a le droit et le devoir de travailler au salut des hommes tels qu’ils sont, de tous les hommes quels qu’ils soient. Dans cette communauté existent des organisations et associations qui ont pour but d’aider la communauté à célébrer, à fonctionner, à entretenir, nourrir et faire grandir la vie de ses membres. Il existe aussi des associations qui participent à la fonction missionnaire de l’Eglise, qui veulent réaliser avant tout l’aspect prophétique de l’Eglise, sa mission. Ainsi en est-il de la J.E.C.
 
            Etre mouvement d’Eglise, pour la J.E.C, c’est prendre sa part de la mission apostolique de l’Eglise, qui est celle du Christ : Faire advenir le Royaume de Dieu dans le monde, mettre en mouvement tous les hommes et toutes les femmes pour que, libérés du mal, de la peur, de toute aliénation, ils forment un peuple nouveau qui sera le peuple de Dieu, cherchant tous les jours à construire une terre nouvelle structurée selon les valeurs de l’Evangile.
 
            Cette compréhension dépend aussi de la façon dont nous comprenons l’Eglise. Vatican II l’appelle « Servante » : elle est tout entière au service de Toute la communauté humaine. Cela veut dire qu’elle ne sera signe du Royaume de Dieu, sacrement de salut, de l’amour de Dieu que si elle répond aux besoins de tous les hommes. En Afrique, et particulièrement dans notre pays, nous parlons d’Eglise-Famille pour que tous et chacun se sentent membres à part entière et pleinement responsables dans cette Eglise. Cela n’est possible que nous si nous créons une ouverture aux dimensions du monde.
 
Comment évangéliser pour que l’Eglise soit aujourd’hui perçue comme Sacrement de salut pour les hommes de ce contient ? Voici fondamentalement la question qui doit traverser perpétuellement l’esprit de tout jéciste. L’Evangélisation est contextuelle. Sans le contexte, (africain) la crédibilité de l’Eglise et les chances de l’évangélisation ne seront pas à la mesure de sa solidarité avec l’aspiration légitime des africains à prendre désormais en main leur propre destinée, à la mesure de sa disponibilité dans la recherche des solutions aux problèmes de la construction de ce continent ». L’Eglise doit faire sienne les aspirations profondes des Africains.
 
            Le Pape Jean-Paul II dans son Exhortation apostolique sur la Mission et la Vocation des laïcs, écrit au N°36 : «  En recevant et en annonçant l’Evangile dans la force de l’Esprit, l’Eglise devient une communauté évangélisée et évangélisatrice, et par-là, elle se fait la « servante des hommes ». En son sein les laïcs participent à la mission de servir la personne et la société. Il est certain que l’Eglise a comme fin suprême le Royaume de Dieu dont « elle constitue sur terre le germe et le commencement ». (L.G.5), elle est donc totalement consacrée » à la glorification du Père. Mais le Royaume est source de complète libération et de salut total pour les hommes : L’Eglise avance donc avec les hommes et vit dans une solidarité totale et intime avec leur histoire. »
 
 
            Aujourd’hui on insiste beaucoup sur l’Eglise « mystère de communion » ou «  mystère et communion ». Qu’est-ce que cela signifie ? Pourquoi semble-t-on avoir abandonné la terminologie Peuple de Dieu, et parle-t-on si peu souvent de l’Eglise « servante » ?
 
            On insiste toujours sur le fondement de la communion qui est trinitaire, et on ne peut être que d’accord. Mais concrètement ensuite, on parle de communion verticale, ascendante ; si je puis m’exprimer ainsi, c’est-à-dire des fidèles en communion avec le Pape et les Evêques. Bien, mais qu’en est-il de la communion au plan horizontal, entre homme et femmes, ou au plan vertical descendant, c’est-à-dire que les responsables d’Eglise soit en communion avec les peuples. Qu’en est-il de la communion avec les aspirations de l’humanité ? Qu’y a-t-il derrière ce fait qu’on laisse de côté cet aspect, qu’on ne qualifie pas les types de communion primordiaux à l’exemple premier du Christ qui, d’abord communiant aux souffrances des gens de son peuple ?
 
 
Respectueuse de la Tradition
 
            Nous sommes tous d’accord que nous devons être fidèles à la Tradition. Mais trop souvent, on n’entend par tradition qu’un moment arrêté de l’histoire, celui des origines, du moins ce qui en a été codifié comme tel dans la vie sociale. Mais qu’est-ce que la tradition, sinon la vie continuée de siècle en siècle de façon vivante et donc mouvement, ce qui s’oppose à tout ce qui peut être figé. La vie en Jésus Christ est vécue par tous les baptisés, et la façon dont ceux-ci la vivent, en communauté, est la tradition vivante. Aussi la vie des communautés aujourd’hui est la Tradition vivante, et elle n’est pas coupée de celle de leurs prédécesseurs. Etre fidèle à la tradition de l’Eglise, c’est être d’abord l’écoute des communautés et groupes chrétiens qui incarnent dans leur vie cette vie de Jésus.
 
            Il est intéressant de considérer l’Eglise comme lieu privilégié d’action, comme lieu où se place le combat pour la libération, la lutte pour le Royaume. Certes, l’Eglise n’en est pas un lieu principal, mais aujourd’hui, si elle veut vraiment être servante, n’y a-t-il pas lieu d’y porter aussi le combat pour qu’elle se libère et soit signe de libération, donc du Royaume pour tous ?
 
 
 
Mission au cœur de la société
 
Ce début du XXI ° siècle est caractérisé par la mondialisation et la globalisation. Les Nouvelles technologies de l’Information et de la communication (N.T.I.C) – Internet notamment - ont fait de notre monde un gros village. Conséquence : Nous assistons à un éclatement du monde du fait de la facilité de la communication. Les échanges se multiplient. Cela a des conséquences sur le vécu quotidien de l’homme. On est ouvert à tous vents. Pas de stabilité. Disons, pas d’intériorité. L’homme n’est plus tellement capable de cultiver l’homme intérieur. Or sans intériorité, pas de vraie spiritualité. Les hommes et les femmes de notre temps vivent « au dehors », « du dehors » et en « dehors » d’eux-mêmes. Cela complique la vie et crée un véritable déséquilibre.
 
L’un des mots, mieux l’une des réalités qui a marqué le XX° siècle pourrait être le phénomène de la sécularisation. Mais que signifie ce mot ? Le mot anglais « secular », de même que le mot français « séculier », vient du latin « saeculum » qui signifie « l’âge présent ». Fondamentalement « saeculum » est un des deux mots latins qui désignent le « monde » (l’autre étant « mundus »). La sécularisation a un sens à la fois étendu et global. Elle se présente sous des aspects variés, selon qu’il s’agit du domaine religieux ou du domaine politique de l’histoire. S’il faut en croire le théologien Hollandais C. A. van Peursen, la sécularisation serait le moyen par lequel l’homme « se délivre d’abord du contrôle religieux et ensuite du contrôle métaphysique exercé sur sa raison et sur son langage » ( cf. Harvey Cox, la Cité séculière, Casterman 1968, p.31). C’est ainsi que le monde abandonne l’idée religieuse ou quasi-religieuse qu’il a de lui-même. Il renonce à porter des œillères, il brise les symboles sacrés et les mythes surnaturels. L’homme se détourne des mondes de l’au-delà pour fixer toute son attention sur ce monde-ci et sur ce temps-ci. Bonhoeffer a appelé cet état « l’âge adulte de l’homme », ce qui montre que la sécularisation n’a pas que des aspects négatifs.
 
Ce que nous voulons souligner avec force ici, c’est qu’avec l’avènement de la sécularisation, le monde a de moins en moins besoin de règles religieuses pour soutenir sa moralité et cela va imposer un certain vécu de la spiritualité. Cela provoque surtout un relativisme simpliste de la religion et du spirituel. La sécularisation crée des replis individualistes et un certain libéralisme comportemental. Affirmation du sujet, naissance des « sans religion » dans les années 60. Ceux-ci préfèrent, selon les mots des spécialistes « le bricolage », la « randonnée » et le « hors piste ». Ce sont des « héritiers sans testament » pour qui la religion est une occupation de loisirs et qui sont prêts à fabriquer eux-mêmes leurs propres saints politiques et leurs temples profanes.
 
Pour définir le processus par lequel la nature a été affranchie des excès religieux ou magiques, Max Weber a trouvé le mot de « désenchantement ». Ce terme a été repris par Marcel Gauchet. Celui-ci s’efforce de montrer que malgré tout, le religieux a modelé activement la réalité collective et, en particulier, les formes politiques. Pour Gauchet, « derrière les Eglises qui perdurent et la foi qui demeure, la trajectoire vivante du religieux est au sein de notre monde pour l’essentiel achevé » (Gauchet, le désenchantement du monde, une histoire politique de la religion, Gallimard, Paris, 1985, p.1). Mais la fin de la religion ne signifie pas dépérissement de la croyance. Seulement, nous sommes en face d’une recomposition de l’univers humain-social en dehors de la religion et à partir de la logique religieuse d’origine.
 
Sur le plan philosophique, après la Renaissance et la Réforme, nous avons à faire aux premières déstabilisations du catholicisme. Les philosophes du XVIII° siècle rompent avec l’Eglise, à laquelle ils opposent la croyance en l’homme et en ses droits, en la raison, en la science. Au milieu du XX° siècle, beaucoup de groupes sociaux vont basculer dans cette idéologie.
 
Il y a aussi, aujourd’hui, le phénomène des sectes. Elles se sont multipliées ces derniers temps. Elles font des propositions séduisantes mais assez redoutables souvent. Avec elles, se pose la question de ce qui est « religieusement correct ». Elles exercent une forte «  manipulation mentale » qui désoriente beaucoup d’hommes et de femmes. Avec les sectes, le spirituel est éclaté. C’est le melting-pot généralisé. Nous assistons à la disparité des pratiques individuelles et collectives et à de nouveaux registres où se vit une certaine foi. Les sectes et même certains groupes catholiques comme le Renouveau Charismatique, proposent une spiritualité émotionnelle, sentimentale et même affective où l’action a du mal à se faire une place honorable. Quelque part, souvent, la bêtise et l’ignorance font leurs nids.
 
Enfin, on parle beaucoup aujourd’hui du retour du religieux ou du spirituel ; Certains se fondent sur les grands rassemblements comme les JMJ et la re-fréquentation des lieux de pèlerinages. D’autres sont attentifs à ce que l’on pourrait appeler la spiritualité populaire : le joueur de football fait son signe de croix avant, pendant et après le match ; la vedette de la chanson ne quitte pas sa grosse ou sa petite croix. Tout pousse à croire que le Juif de Nazareth n’est pas mis à la poubelle.
 
Cela dit, dans toute cette ambiance quelle peut être la spiritualité de la J.E.C ? Comment dans ce climat « amalgamé » et « mélangé » la J.E.C en tant que Mouvement, et les jécistes en tant que militants peuvent-ils se situer ? Comment, en un mot, forger une vraie spiritualité qui a les yeux levés vers le ciel et les pieds sur terre ?
 
 
IV. PROPOSER UNE SPIRITUALITE DE LA LIBERATION
 
Les leçons du passé
 
Dans les années 30, on parlait de la « mystique de la J.E.C ». Cette mystique de la J.E.C, s’orientait d’abord vers la lecture des Evangiles et ensuite prenait appui dans la personne du Christ. Marcel Ferry définit cet attachement au Christ de la façon suivante :
 
« C’était…l’idée que le Christ, c’était nous, que nous étions membres du Christ et donc responsables de lui dans le monde…. Si je regarde de près le point de départ de cette identification c’est le Christ et non pas, comme peut-être pour la J.O.C., l’amour de milieu ou de notre classe » (Cité par Christophe ROUCOU, in les Origines de la Jeunesse Etudiante Chrétienne en France, (1929-1936), Mémoire d’Histoire, juillet 1973, pp. 150-151.
 
Cette identification s’accompagne de la mise en valeur de l’Eglise comme corps mystique du Christ. Reprenant St Paul, la J.E.C veut montrer qu’elle s’inscrit dans le mouvement d’incarnation de Dieu et surtout dans la promesse que tous les hommes sont fils de Dieu et que tout est appelé à être récapitulé en Christ. La J.E.C reprend donc la théologie de Saint Irénée de Lyon et réussit ainsi à intégrer son projet à sa foi chrétienne, puisqu’il consistait à construire la cité chrétienne.
 
Cette participation de chrétien à l’Eglise comme corps mystique du Christ comporte deux dimensions : Une dimension historique et une dimension actuelle. Du côté historique, c’est la participation à l’histoire du salut : « En s’incarnant, le Verbe Eternel a soudé de nouveau les maillons de la chaîne qui rattachaient l’humanité à Dieu et que la faute du péché du premier homme avait rompu. Par le Christ nous pouvons devenir enfants de Dieu » (Cf. Roucou, p. 151). Du côté actuel, c’est l’idée que la grâce circule réellement dans ce corps, et tous sont solidaires dans la foi. Voilà comment les jécistes l’exprimaient : « …. Ce corps mystique en profite et, peut-être, grâce à moi un jéciste isolé dans un petit collège municipal aura tenu le coup comme j’aurai moi-même, grâce à lui, tenu le coup au milieu de ma section  dégonflée » (Cf. Roucou, p. 151)°
 
A cette compréhension de l’Eglise, à cette foi dans l’Eglise, s’ajoute la recherche d’une nouvelle vie d’Eglise : D’où l’importance que revêt cette découverte des premières communautés chrétiennes d’après la lecture des Actes des Apôtres. Peut-on dans ces conditions parler de spiritualité de la JEC ? Le terme peut paraître trop fort aux yeux de certains. Mais tout dépend de ce que l’on entend par spiritualité. ( Nous le verrons plus loin). Peut-être ici, faut-il noter l’évolution qui se produit entre une foi qui n’est que motif d’action exigence morale à une foi au Christ et une appartenance à l’Eglise qui s’enracinent de façon plus profonde.
 
Théologie de base de la J.E.C
 
            Une bonne spiritualité doit s’articuler sur l’architecture d’une bonne théologie. Le Concile Vatican II a revivifié une théologie déjà présente dans les mouvements d’Action Catholique, et qui ressortait de la Révision de vie. Il s’agit de la théologie de l’Incarnation. « Faites ceci en mémoire de moi…. ». La mémoire de Jésus amène le disciple à chercher le Royaume de Dieu dans le monde. Chercher le Royaume que Jésus a proclamé, c’est réellement le construire dans les expériences du monde social, politique, économique, religieux et culturel.
 
            La lutte pour la plénitude de la vie est une recherche du Royaume, d’une communion totale avec Dieu et avec les autres, hommes et femmes du monde entier. La suite du Christ est une immersion dans la réalité pour qu’y jaillisse la vie complète. Il n’y a de marche à la suite du Christ qu’enraciné dans les réalités du continent africain. Il faut redécouvrir Jésus comme le libérateur de l’Afrique, et son Eglise comme la servante et l’instrument de cette libération.
 
            C’est cela qui inspire la méthodologie propre à la JEC, appelée Révision de Vie, car elle part des réalités et ne peut être faite que par des personnes tout à fait insérées dans ces réalités profondément incarnées.
 
            Cette théologie de l’Incarnation marque la spiritualité du mouvement sur laquelle nous reviendrons plus tard. Mais elle inspire aussi la méthodologie du mouvement, la révision de Vie sans laquelle, la J.E.C ne serait pas la J.E.C. Sur ce point, nous devons être très clairs car la J.E.C d’Afrique a quelque chose à apporter et à rappeler au Mouvement International.
 
            Et cette pédagogie forme ainsi de vrais leaders chrétiens parce qu’elle fait des hommes et des femmes unifiés, leur foi étant inséparable de leur vie. Cette foi devient donc automatiquement action. Cette théologie est profondément biblique et nous rappelle que le salut de Dieu est historique. Ce salut s’accomplit dans l’histoire. Dieu agit en fonction des situations historiques. Lire les signes des temps est dans la ligne de cette théologie. Si l’histoire des peuples est le lieu d’action de Dieu, de Jésus, il doit aussi être celui de la J.E.C. C’est donc dans l’immédiat que Dieu construit son Royaume et que la J.E.C travaille à en réaliser les signes.
 
            Cela met en évidence que la communion, qui est une communion avec Jésus pour la libération, puisque c’est sa mission, n’est pas vécue de manière statique comme un corps du Christ amorphe, dans le partage entre nous des dons spirituels et matériels. Mais cette communion de libération est vécue dans le dynamisme de la vie dans l’Eglise et le dynamisme des défis qui viennent de l’extérieur. (cf. Déclaration des Conférence épiscopales d’Asie. Sept. 1986, 4.2.1
 
 
Faire une rencontre personnelle décisive de Dieu
 
Au point de départ de toute spiritualité, il y a une rencontre avec le Seigneur. Cette expérience est déterminante pour celui qui veut suivre Jésus. Il faut souffler à l’oreille de tous les jécistes que la vocation de disciple s’enracine en l’expérience d’une rencontre avec Jésus Christ. Une rencontre d’amitié dont l’initiative appartient au Seigneur et qui devient le départ d’une route. « Je ne vous appelle plus serviteurs….mais amis » (Jn 15,15) et St Paul parle de ce chemin comme d’une « marche selon l’Esprit » (Rm 8,4). Au fond, la recherche de Dieu est, en vérité, le sens dernier de toute spiritualité. Rencontre avec le Christ, vie dans l’Esprit, route vers le Père, telles sont les dimensions de tout cheminement spirituel d’après l’Ecriture. La Parole de Dieu est nouveauté permanente, interpellation qui peut changer radicalement nos vies, grâce qui brise les résistances, réponses que nos questions ne peuvent séquestrer. C’est cette attitude qui doit être celle de tout jéciste.
 
Cheminer communautairement selon l’Esprit
 
La rencontre initiale avec le Seigneur constitue le point de départ de la marche à la suite, de l’engagement du disciple. St Paul appelle cela « cheminer selon l’Esprit » (Rm 8,4). C’est ce que nous appelons spiritualité. Le mot est d’apparition relativement récente dans l’histoire de l’Eglise. On commence à user de cette expression aux environs du XVII° siècle au sein de milieux religieux français qui traversaient alors une époque de grande richesse. C’est l’époque d’une abondante et foisonnante littérature spirituelle. Tout ce qui traite de la perfection chrétienne sera appelée vie spirituelle et la réflexion portant sur la question recevra le titre de théologie spirituelle. Mais ce n’est pas une histoire de la spiritualité que nous proposons ici. Nous cherchons à comprendre la signification profonde de ce que St Paul appelle « cheminer selon l’Esprit ». En réalité, il faut comprendre par-là que le disciple de Jésus qu’est le jéciste doit vivre en et selon l’Esprit qui est liberté et amour car il est vie, et non en et selon la « chair » qui est loi et péché car elle est mort. La présence de l’Esprit doit mettre en marche le jéciste dans sa recherche de Dieu. Pour tout dire, la spiritualité, façon d’être chrétien, consiste à marcher selon l’Esprit, force de vie qui libère l’être humain de la mort du péché, de la servitude. Etre chrétien, c’est peut-être être libre de toute contrainte externe. » Là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté » (2 Co 3,17), une liberté consacrée au service de Dieu et du prochain. Cela dit, repousser la force de la chair ne veut pas dire mépriser le corps et ses façons de s’exprimer. Au contraire, la spiritualité chrétienne consiste à assumer le corps libéré et dès lors à pouvoir prier : « Abba, Père », et entrer en communion fraternelle avec autrui.
 
 
S’engager concrètement pour la justice
 
La spiritualité implique un combat pour la justice et la participation à la transformation du monde. Dans ce sens, une spiritualité J.E.C devrait chercher constamment à mettre en relief la relation qui existe entre défi évangélique et situation historique.
 
Les jécistes doivent s’ouvrir à leur propre chemin pour être fidèles à Dieu et fidèle à l’esprit du Mouvement. Etre fidèle à Dieu, c’est être témoin de la vie du ressuscité, et être fidèle au mouvement, c’est faire de toute la jeunesse militante une communauté ecclésiale consciente de ses tâches au service de la société et de l’Eglise. Une lecture de la société actuelle fait voir que les problèmes d’aujourd’hui constituent une provocation aiguë adressée à la conscience chrétienne. Or ; les réponses aux questionnements actuels ne peuvent se faire sur fond d’un individualisme. Ce qui advient aujourd’hui nous écarte des sentiers battus et nous conduit à reconnaître que la marche à la suite de Jésus se présente non pas à travers un itinéraire individuel mais à l’intérieur d’une aventure collective. La spiritualité que la J.E.C doit inventer sera donc celle d’une communauté ecclésiale qui tente de rendre effective sa solidarité avec les plus dépouillés de ce monde. Une spiritualité personnaliste et communautaire, ecclésiale, nourrie et marquée par une vraie foi qui sait repousser l’inertie et entraîne à la créativité. Une spiritualité profonde et rigoureusement pascale qui prend en compte tout ce qui exploite et exclut le pauvre.
 
 
 
CONCLUSION : Un authentique style de vie africain
 
Attentif à l’anthropologie africaine traditionnelle
 
Il y a sans aucun doute, une certaine spiritualité qui anime les rites initiatiques du monde négro-africain. La clef de ces rites se trouve dans la conception de Dieu, du monde et de l’histoire qui les sous-entend. Nous sommes là sur le terrain de la théologie, de la cosmologie et de l’anthropologie négro-africaine. Mais ce qu’il est essentiel de retenir c’est ceci : la réalité fondamentale dans la tradition africaine, c’est la vie. Cette vie, à l’état pur ne se trouve qu’en Dieu seul, auteur et source de toute vie. La vie s’oppose à la mort et l’homme cherche son salut dans la victoire de la vie sur la mort. Sur l’immense champ de bataille entre la vie et la mort, la mission de l’homme est d’identifier les alliés de la vie, de les gagner à sa cause, et d’assurer ainsi sa survie qui est en même temps la victoire de la vie. D’après Engellbert Mveng, C’est la signification profonde de la religion africaine. Tous les rites africains, selon lui, sont toujours des rites de libération et de salut de l’homme. Une analyse des prières de la religion traditionnelle montre aussi qu’elles cherchent (les prières) toutes le salut auprès des puissances de la vie.
 
Tout cela permet de dire que la spiritualité africaine apparaît comme étant essentiellement une « spiritualité de la libération ». Cette libération s’opère par un « médiateur » qui est à la fois modèle et rédempteur. Dans cette dynamique de la libération, la vie spirituelle se vit comme rupture. La rupture n’est rien d’autre qu’une conversion, c’est –dire   un changement de vie, la mort au vieil homme, qui devient le commencement de toute démarche spirituelle. L’expérience spirituelle se veut être aussi un long entraînement. C’est une ascèse, un combat, un sport, dans lesquels on se façonne.
 
On voit bien tout de suite les résonances qu’il peut y avoir entre cette spiritualité africaine et celle chrétienne. Les deux bine comprises devraient permettre à la J.E.C de naviguer en eau profonde : conversion, rupture, croix, ascèse, sont dans l’Evangile, la condition requise pour suivre Jésus. On verra en quoi tout cela peut aider la J.E.C à refaire surface en matière de spiritualité. Mais cherchons d’abord à situer ce mouvement et à « des cieux nouveaux ».
 
Respectueux de la spiritualité chrétienne
 
On pourrait retracer toute l’histoire de la spiritualité chrétienne et faire appel à Thérèse d’Avila, à François d’Assise, à Jean De la Croix etc.… Mais il faut être bref et aller à l’essentiel. La spiritualité chrétienne comporte quatre pôles principaux qui constituent comme les quatre roues d’une bonne voiture :
 
La parole de Dieu. C’est-à-dire la Bible. Toute la spiritualité chrétienne doit se fonder sur la Bible. Etudiée et méditée quotidiennement elle est celle qui peut favoriser l’épanouissement d’une vraie spiritualité.
 
Le culte eucharistique : l’eucharistie, c’est le sacrement d’action de grâce, le signe de la mort imminente du Christ. Les chrétiens doivent célébrer cet événement en mémoire de Jésus. Sacrifice, nourriture, présence amicale : c’est avec tout cela que qu’on acquière progressivement une vraie vie spirituelle.
 
Le culte à l’Esprit saint : Il s’agit de l’Esprit de Pentecôte. C’est un Esprit vigoureux, discipliné, inventif. C’est lui qui doit à l’homme la maturité de sa spiritualité.
 
Un culte marial pur : ce culte doit être fort et équilibré.
 
Ces quatre pôles doivent être accompagnés par la prière, la méditation, les retraites, les récollections, les pèlerinages et de diverses sessions de formation. Autant d’outils pour nourrir la spiritualité, qu’elle soit personnelle ou collective. Ces outils sont à la disposition de tout baptisé et de tout chercheur de Dieu, et finalement, ce sont ces outils qui participent à l’entretien du tonus intérieur de l’homme.
 
 
Ouvert à la modernité
 
La spiritualité n’est pas à confondre avec des exercices spirituels. Elle n’est pas non plus quelque chose d’abstrait. C’est toute la vie qui est spirituelle. Cette spiritualité se construit dans la fidélité et la pratique des trois Vérités découvertes dans la Révision de Vie : Vérité de la VIE- Vérité de la FOI, - Vérité de l’ACTION
 
Si nous sommes d’accord sur les grandes lignes, il faudrait quand même que nous approfondissions cette question. Cela est important nous devons travailler à faire voir cette spiritualité comme une véritable spiritualité.
 
            Il nous faudra aussi préciser davantage le concept de spiritualité, de vie spirituelle. Et nous devrons alors nous référer à l’anthropologie biblique et, je crois, africaine de l’unité profonde de l’être, de la personne formant un tout, sans dichotomie. C’est aussi lié à l’harmonie de l’homme et de la nature avec la vie, signe de Dieu Enfin il faudra aussi voir comment cette spiritualité de la vie peut s’exprimer explicitement et être célébrée
La spiritualité ne concerne pas exclusivement un secteur de l’existence chrétienne. C’est tout un style de vie qui imprime son sceau sur la façon d’accepter le don de la filiation, qui est le fondement même de la fraternité, filiation et fraternité auxquelles nous invite le Père. Pendant longtemps, la spiritualité chrétienne a été présentée comme l’affaire des élites. Elle semblait être le propre de groupes choisis et d’une certaine façon fermés, liés dans la plupart des cas à l’existence des ordres et des congrégations religieuses. Vie religieuse, au sens strict du terme, qui assurait un « état de perfection » et supposait, implicitement, comme corollaire des états de vie chrétienne de type imparfait. A l’état de perfection correspondait une quête puissante et structurée de la sainteté ; quant aux autres états de vie, ils ne récoltaient dans le meilleur des cas que des miettes moins exigeantes de cette spiritualité. Le premier chemin requérait en quelque sorte un éloignement du monde et des affaires quotidiennes, c’est la « fameuse fuite du monde » et le second chemin ne réclamait pas cet effort et pouvait être parcouru modestement au milieu de préoccupations peu ou en rien religieuses. On peut se demander si cette vision de la spiritualité ne rend pas rigide et n’appauvrit pas la vie chrétienne. Ce que nous demandons au mouvement J.E.C, c’est de travailler à la réconciliation entre la présence au monde et la présence à Dieu. Comment articuler cette double présence ? Voilà le défi lancé au Mouvement.
 
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