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4 octobre 2006 3 04 /10 /octobre /2006 13:30

 

 

 
 
Jean-Paul SAGADOU
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
LA J.E.C
 
 
POUR UNE SPIRITUALITE DE LA LIBERATION
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Mars 2003
 
 
 
 
 
 
AVANT-PROPOS
 
 
 
Y-A-IL UNE SPIRITUALITE J.E.C ?
 
 
            Nous pensons qu’il est temps que les jécistes se posent la question de la spiritualité de la J.E.C.. Comme mouvement d’action catholique, la J.E.C ne peut prétendre atteindre ses objectifs que si elle est enracinée dans une forte spiritualité. Il y va de l’avenir du Mouvement. Nous pensons que la J.E.C est un « lieu » où les jécistes découvrent leur foi chrétienne et la renforcent. Mais nous savons bien qu’une chose peut être dite sans que nous ne percevions son lien avec la réalité. Ce qui apparaît clairement à nos yeux, c’est que les jécistes d’aujourd’hui doivent travailler à retrouver des assises solides sur le plan spirituel sous peine de ne rien faire de valable pour le monde.
 
 
L’exigence de transformation du milieu n’autorise pas la non existence d’une spiritualité chrétienne valable. Sur ce plan, on a le droit de reprocher à la J.E.C son incapacité actuelle à se fixer réellement sur des bases solides et à montrer aux yeux des autres le souffle qui crée en elle la respiration.
 
 
Nous nous proposons de réfléchir sur la question pour tenter d’ouvrir des chemins nouveaux pour le Mouvement.
 
Dans son ensemble, cette réflexion sur la spiritualité J.E.C a beaucoup bénéficiée des travaux du Père André Coulée et du théologien Gustavo Guttiérrez. Pour le premier, je vous renvoie à son fascicule intitulé « Situation de la J.E.C », Kotobi, Côte d’Ivoire, 1989 disponible dans les archives de la J.E.C de Fada N’Gourma ( Burkina faso). Pour le second, il faut se référer à son livre : « Libération par la foi, boire à son propre puits » aux éditions du cerf, Paris, 1988. Comme, on l’aura senti, ce travail vise essentiellement à provoquer la réflexion des jécistes en vue de la recherche d’une spiritualité qui engage véritablement à Voir, à Juger et à Agir. La spiritualité est une aventure communautaire et personnelle. Elle constitue l’un des défis majeurs pour les jécistes dans ce XXI ° siècle.
 
 
 
 
 
 
 
INTRODUCTION
 
 
SITUATION DE LA J.E.C
 
            Un survol rapide du Continent africain où l’on compte 50 ou 51 pays, auxquels s’ajoutera bientôt la Namibie, nous montre que La J.E.C existe comme Mouvement national, officiellement reconnu par l’Eglise et l’Etat, dans 25 pays, tous d’Afrique Noire. A ces mouvements nationaux, il faut ajouter deux pays où la J.E.C existe au plan diocésain ; le Bénin et le Soudan ; Un autre où elle redémarre : la Guinée, et enfin quatre autres pays en contact plus ou moins suivis : le Botswana, le Swaziland, le Mozambique et le Niger.
 
Le nombre des membres varie évidemment d’un pays à l’autre, d’un diocèse à l’autre selon la proportion de chrétiens, ou de catholiques dans le pays, et aussi parfois selon l’ancienneté du mouvement. Notons qu'à l'intérieur du Mouvement international, l'Afrique a plus d’un tiers des voix, c’est-à-dire de la parole. L’évolution du Mouvement est assez nette en Afrique. Sa croissance est souvent rapide et parfois lente dans les universités et les écoles professionnelles. Mais là encore tout dépend de l’intérêt que manifestent les jeunes en place. On remarque par exemple que pour ce qui concerne le Burkina Faso, l’Université de Ouagadougou montre assez de dynamisme. La JEC Universitaire (JECU) participe à sa façon à la création d’ un « éthos » démocratique réel. Bien sûr, les contingences de la vie, les difficultés du monde étudiant ne favorisent pas toujours l’épanouissement de la réflexion et l’équilibre entre les activités universitaires et para-universitaires, mais les étudiants sont nombreux à comprendre qu’un monde fermé est un monde qui a déjà creusé sa tombe, d’où leur ouverture aux réalités diverses de la société et à ce que leur propose l’Eglise. Mais il faut savoir examiner avec exactitude et justesse la situation sociologique du mouvement en raison de ce qu’il est pour les jeunes, pour la société et pour l’Eglise.
 
Situation par rapport aux jeunes.
 
La J.E.C est le seul Mouvement d’élèves et d’étudiants qui les représente à un niveau continental. D’autres mouvements et organisations existent, mais ils sont plus localisés, parfois régionaux. Ils sont aussi, souvent, des organisations internes à la vie de la communauté chrétienne, et qui n’ont pas nécessairement de reconnaissance officielle du Ministère de la Jeunesse des pays concernés. Bien sûr, il ne s’agit pas ici des organisations de jeunesse liées à l’Etat ou à des partis politiques. Par exemple, les scouts dans beaucoup de pays sont devenus un mouvement très lié à l’Etat, avec plus d’une fois des responsables politiques à la tête du mouvement. 
 
Pour le mouvement J.E.C, il est intéressant de constater que son extension se fait pratiquement toujours, du moins à l’intérieur d’un pays, par les jécistes eux-mêmes, et non pas comme certaines autres organisations selon le charisme ou la personnalité de l’un ou de l’autre fondateur, souvent étranger. Les jécistes sentent que le mouvement est le leur, et que personne d’autre ne peut se l’approprier. Dans l’ambiance actuelle de notre génération où l’on a trop de mal à impulser chez les jeunes des engagements dans la durée, il faut savoir respecter profondément la démarche de la J.E.C et l’accompagner dans ce qu’elle croit et espère. En tout cas, c’est dans ce sens que l’on peut comprendre pourquoi les jécistes se sentent responsables de la croissance de leur mouvement.
 
Les raisons de tout cela sont liées au fait que le mouvement part toujours de la réalité de la vie des jeunes, qui peuvent s’y exprimer, et parler librement de leurs problèmes et aspirations. La J.E.C est sans doute le mouvement qui permet le mieux aux jeunes scolaires et étudiants d’exprimer leur voix, leurs aspirations et leurs déceptions. Au sein de leur mouvement, ils se sentent eux-mêmes, avec leurs leaders ou responsables qui sont des jeunes pris par eux parmi eux sans complaisance. Elle est un mouvement où les jeunes se font eux-mêmes leur programme, travaillent librement, se sentent dans leur choix et leurs actions inspirés par la foi.
 
On peut dire que, parce que la J.E.C prend comme point de départ la vie réelle des jeunes, elle est pratiquement le porte-parole le plus authentique de leur mentalité, qu’elle est le mouvement qui s’exprime avec le plus de justesse sur leur vie concrète, sans faux-fuyants, et sur ce que tous les jeunes élèves et étudiants vivent, pensent et espèrent. Il faut, pour être vrais avec nous-mêmes, savoir accepter et reconnaître ce qu’ils disent, ce qu’ils veulent faire : c’est leur façon d’appréhender la réalité qui y est exprimée, même si certains éléments de leur analyse paraissent, du moins à notre point de vue d’adultes, mal abordés.
 
C’est pour cette raison aussi que la J.E.C est aussi en milieu étudiant, le seul mouvement à accueillir comme membres, des jeunes d’autres confessions religieuses. Qu’on le veuille ou non,   cela fait de la J.E.C un mouvement unique en son genre.
 
Situation par rapport à l’Eglise
 
      Dans la floraison d’associations, de groupes religieux dans l’Eglise catholique aujourd’hui, la J.E.C a une place à part, presque unique. Elle ne vise pas simplement à regrouper des jeunes pour un service ministériel ou autre dans la vie interne de la communauté chrétienne, mais elle est avant tout apostolique. Ainsi elle aide l’Eglise à garder vive la conscience que sa raison d’être Eglise est d’évangéliser, et elle lui remet sans cesse en mémoire le monde structuré dans le péché au service duquel se veut l’Eglise.
 
D’autres organisations se réunissent et vivent aussi l’apostolat surtout individuel, mais la J.E.C se veut présence collective d’Eglise, un témoignage d’Evangile et donc annonce de Jésus Christ là où vivent tous les étudiants. Cette réalité de vie étudiante influence le mode d’annonce de Jésus Christ. Aussi elle a son lieu d’action et d’impact là où l’Evangile n’est ni annoncé, ni vécu, dans le monde scolaire qui ne vit pas toujours de valeurs chrétiennes.
 
Avec d’autres mouvements dits d’action catholique, la J.E.C manifeste l’autonomie et l’initiative apostolique d’un laïcat organisé, dans la communion de la foi. Et en Afrique où souvent les laïcs, même s’ils peuvent parler, ne sont guère écoutés, la J.E.C apporte le témoignage, prophétique, d’une communauté chrétienne laïque, apostolique prenant ses responsabilités, rappelant que la J.E.C, comme tout laïc, a de droit sa tâche propre d’évangélisation en raison du baptême, et non une tâche déléguée, et celle de la J.E.C se réalise en terre « païenne ». Ainsi la J.E.C rend un service permanent à l’Eglise en rappelant le plein droit des laïcs d’évangéliser, et en accomplissant cette tâche hors des frontières officielles de l’Eglise.
 
 
 
 
 
 
Situation par rapport à la société
 
Contrairement aux associations internes à l’Eglise et aux groupes fonctionnant sur le terrain de la paroisse, la J.E.C est partout reconnue par l’Etat comme un mouvement de jeunesse apolitique et chrétien. Elle a donc le droit de donner son point de vue, et il est arrivé que l’Etat la consulte, par exemple dans les Etats Généraux de l’Education, ou que l’Etat fasse appel à elle, par exemple pour avoir des animateurs pour des colonies de vacances. Elle peut donc aussi, parler, s’exprimer, questionner, agir au grand jour, faire des déclarations, faire connaître ses prises de positions, et le faire comme groupe chrétien.
 
Comme l’école fait partie de la société et en est l’image, la J.E.C par son action à l’école a automatiquement une action dans la société, et ainsi l’évangélise. Elle s’intéresse donc tout naturellement aux problèmes sociaux plus globaux et cela en raison même de sa vocation apostolique à l’école. La J.E.C peut ainsi faire entendre sa voix au plan national comme au plan international.
 
Enfin, disons que partout la J.E.C a un charisme, et tout charisme est une grâce, c’est celui d’être critique et d’agir autrement en raison même de sa foi. Cette grâce, de type prophétique est un don de Dieu pour son Eglise et pour la société, comme cela s’est manifesté dans la Bible. L’absence de Dieu y était ressentie quand le peuple de Dieu se plaignait : «  il n’y a plus de prophète ». La présence active et salvatrice de Dieu se manifeste entre autre par l’envoi de prophètes. Et il faut croire que la J.E.C, en ce sens, manifeste le Dieu vivant. Comme souvent, cette grâce est parfois méconnue dans l’Eglise car c’est une voix qui vient d’en bas, elle est souvent refusée par l’Etat car elle gêne.
 
Enfin, la J.E.C prépare des leaders, hommes et femmes, pour la société elle-même, et c’est l’un des plus grands services qu’elle rend au monde, afin que celui-ci devienne « terre nouvelle et cieux nouveaux » (Ap. 21/5). Cela dit, dans ce contexte, quelle pourrait être l’originalité d’une proposition d’une « spiritualité de la libération » par la J.E.C ? Si , à première vue la J.E.C présente un certain nombre de signes de fragilité (I), il n’empêche qu’en vertu de sa vocation (II), sa mission pourrait être de mieux proposer dans l’Eglise et dans la société une voie de libération pour tous (III)
 
 
 
I.                     FRAGILITE D’UN MOUVEMENT DE JEUNES
 
Fragilité des jeunes
 
Le mouvement J.E.C ne donne pas toujours ce qu’il pourrait donner. Les raisons peuvent être multiples. Elles peuvent être liées au manque de motivation des jeunes, ou à leur manque de maturité tant humaine que spirituelle. Au secondaire surtout, les jeunes sont encore adolescents. Ils ne sont pas toujours sûrs d’eux-mêmes, noyés dans leurs problèmes personnels, écrasés par la lourdeur de leur situation et par les tâches qu’ils voudraient accomplir. Ils sont souvent très isolés, et ne se sentent pas soutenus par les autres. Cet isolement qui est le fait qu’on ne veuille pas les écouter, les pousse à la rébellion, soit au découragement, soit à retourner à l’individualisme. Les répressions, tant dans l’Eglise que dans la société et l’école ne créent pas forcément des espaces de liberté pour eux.. Il y a aussi les obstacles liés à leur pauvreté croissante.
 
Ces situations se vivent sur fond d’adolescence, dans un mouvement qui veut, par la réflexion et l’action dans la foi, former des leaders pour les pays, dont l’Eglise est servante.
 
Fragilité d’un mouvement
 
Il se peut aussi que dans certains milieux la J.E.C soit gênante. On peut avoir l’impression qu’un peu partout la J.E.C, non seulement n’est pas comprise pour ce qu’elle est par beaucoup de nos responsables clercs et religieux, mais aussi qu’elle fait peur. On voudrait la faire rentrer dans le type classique d’associations religieuses, mais elle est Mouvement, et donc elle bouge, évolue, fait bouger et cela fait peur, et cela gêne souvent. Elle gêne parce que les clercs ne s’y sentent pas en position de pouvoir. Ensuite, cela manifeste qu’on ne croit pas vraiment à ce qu’on affirme de la responsabilité des laïcs et leur devoir d’initiatives. Aussi, parce qu’on n’a pas prise sur la J.E.C on rencontre une certaine tendance à l’émasculer, parfois à la supprimer, et cela se fait parfois sous prétexte d’unité et de communion.
 
Dans une Eglise sous tension
 
Si on parle souvent des jeunes, on leur donne très peu la parole, et quand elle est donnée, elle est contrôlée. On peut prendre pour exemple le contrôle exercé sur les mots d’accueil et de présentation de leur vie que des jeunes avaient préparés pour s’adresser au pape lors de sa visite dans leur pays. En fait, de quel droit les obligerait-on à cacher leur vérité ou  leur vie telle qu’elle est ?
 
La pastorale reste fondamentalement une pastorale paroissiale et géographique, même quand il s’agit de petites communautés chrétiennes. Or, mis à part les universitaires qui ont souvent une paroisse propre à eux, les élèves n’ont pratiquement pas de communauté chrétienne stable. Etant donné les circonstances de leur vie et de leurs études, ils sont ballottés de l’une à l’autre ; ainsi ils ne sont guère atteints vraiment, et d’autre part, ils ne se sentent chez eux nulle part.
 
Cette pastorale reste avant tout catéchétique et sacramentelle. Elle est doctrinale et peu en relation avec leur vie ; elle est souvent abstraite et méconnaît leur liberté d’expression, leurs questions de recherche, leur propre expression de foi. Très peu d’efforts et de personnes sont consacrés à une formation chrétienne sur place, adaptée au milieu scolaire.
 
Une des conséquences de cette pastorale paroissiale, c’est que la majorité des prêtres est occupée  dans les paroisses et dans les séminaires. Ces derniers, par ailleurs, ont tendance à se multiplier, à redevenir très localisés. Il y a une tendance dans beaucoup de pays à ne s’adresser aux jeunes qu’en fonction des vocations sacerdotales et religieuses, et parfois , on ne s’intéresse à la J.E.C que comme réservoir possible. On a parfois l’impression que l’on détourne des vocations apostoliques laïques pour une vocation cléricale ou religieuse.
 
Notons d’ailleurs qu’on trouve toujours de l’argent pour aider séminaristes et novices, mais très peu pour aider les laïcs, qui vivent souvent plus pauvrement que leurs camarades entrés au séminaire. Il en ressort que presque personne n’est libre pour accompagner la majeure partie de la population. D’un autre côté, l’Eglise accepte difficilement que quelqu’un d’autre qu’un prêtre puisse officiellement accompagner des mouvements apostoliques, et encore moins une femme. Les choses commencent cependant à changer dans ce domaine. Enfin, il faut aussi tenir compte de la pauvreté de la catéchèse « classique » pour des jeunes en butte à tant de problèmes affectifs, intellectuels, et matériels. La « catéchèse »s’arrête un jour, mais la « vie » et ses problèmes continuent.
 
Dans un Continent fragilisé
 
S’il faut maintenir avec force la réalisation des mouvements nationaux il n’est pas sans intérêt de souligner aussi la prise de conscience africaine qui s’est développée depuis l’installation de la coordination, et cela après les premiers pas effectués par les coordinations sous-regionales précédentes. La J.E.C est devenue une réalité sur le plan continental, et si on ne parle pas d’un mouvement africain comme tel, il est certain que les orientations communes de base, la pratique d’une même méthodologie, les échanges enrichissants, des sessions et camps communs ont forgé une image Africaine de la J.E.C. Celle-ci peut, à bon droit, s’exprimer davantage d’une même voix. Nous osons même croire que ce mouvement peut participer à la réalisation concrète de ce qu’il est convenu d’appeler l’intégration sous-régionale. Pour cela il a besoin du soutien des états et de l’Eglise.
 
            Dans la même ligne, les diverses sessions d’aumôniers favorisent une prise de conscience de leur tâche commune en même temps que se dessine une théologie commune du mouvement, notamment comme mouvement d’Eglise et par rapport à son objectif d’évangélisation. Sur ce plan également, l’idée est pratique dans certains pays d’une équipe d’aumônerie comprenant aumôniers et conseillers faisant leur chemin. Si l’Eglise s’affirme de plus en plus comme Eglise locale africaine, comme Eglise-Famille, la mise en place d’un service d’aumônerie doit se réaliser comme ministère spécifique de l’Eglise au service des jeunes du monde scolaire, et universitaire.
 
            Pour cela, nous avons besoin d’une réflexion commune et solide à partir d’échanges fraternels et francs entre aumôniers d’une part et entre aumôniers et jécistes d’autre part. Nous devons être ensemble fidèles à l’Esprit qui parle aussi par les jeunes, et comme Abraham, savoir quitter notre terre où nous nous sentons en sûreté pour un autre pays, celui des jeunes. Ce départ nous libérera et nous fera renaître. Nous le ferons ensemble et c’est pourquoi nous devrons travailler à forger en nous convictions communes et nouvelles qui nous aideront aussi à rajeunir la face de notre Eglise, à la rendre davantage signe du salut, c’est-à-dire du Royaume. Inspirés par les jeunes et l’Esprit, peut-être pourrons-nous arriver à travailler à l’instauration d’ « une terre nouvelle »
 
 
II . VOCATION DE LA J.E.C.
 
La J.E.C : Mouvement apostolique de laïcs
 
Certes nous sommes tous d’accord sur ce fait, mais le sommes-nous sur toutes les implications d’une telle affirmation. Il nous faut relire les textes du Concile dans son décret sur l’Apostolat des laïcs. Au N°29 il est écrit : « La raison la plus profonde qui justifie et exige le regroupement des fidèles laïcs est d’ordre théologique : C’est une raison ecclésiologique, (c Vatican II, N°18) qui voit dans l’apostolat associé un signe de la communion et de l’unité  » de l’Eglise dans le Christ. C’est cette raison ecclésiologique qui explique d’une part, le « droit d’association propre aux fidèles laïcs et d’autre part, la nécessité de « critères » de discernement pour vérifier l’authenticité ecclésiale des formes d’association.
 
Il faut avant tout reconnaître «  la liberté d’association des fidèles laïcs dans l’Eglise ». Cette liberté est à proprement parler un droit véritable, qui ne dérive pas d’une sorte de « concession de l’autorité », mais qui découle du baptême. Sur ce point, le Concile s’exprime clairement : « Le lien nécessaire avec l’autorité ecclésiastique étant assuré, les laïcs ont le droit de fonder des associations, de les diriger et d’adhérer à celles qui existent. » Et le code de droit canon le confirme : «  Les fidèles ont le droit de fonder et de diriger librement des associations de charité ou de piété, ou qui se proposent de travailler à l’extension de la vocation chrétienne dans le monde ; ils ont aussi le droit de tenir des réunions afin de poursuivre ensemble ces mêmes fins. »
 
La J.E.C a donc une tâche propre d’évangélisation, non déléguée, car l’apostolat appartient à tout baptisé, et doit se réaliser dans la communion ecclésiale. Dans la situation d’aujourd’hui, plusieurs questions se présentent :
 
            Evangelii Nuntiandi, (n° 70), fait voir que la tâche première et immédiate des laïcs n’est pas l’institution et le développement de la communauté ecclésiale. C’est le rôle spécifique des pasteurs. Mais celle des laïcs est la mise en œuvre de toutes les possibilités chrétiennes évangéliques latentes, mais déjà présentes et actives, dans les choses du monde.
 
            La question qui se pose ici est de savoir s’il n’y a pas aujourd’hui le risque d’un glissement des organisations apostoliques vers les mouvements spirituels. On sait que de nos jours de nouveaux courants spirituels sont nés à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Eglise Catholique. Une chose est claire : le Concile Vatican II souhaitait que les organisations apostoliques du laïcat forment leurs membres au rôle actif qui est le leur dans l’ordre séculier. A un moment où on insiste un peu trop sur l’apostolat personnel, nos structures ecclésiales devraient travailler à valoriser les organisations apostoliques. Nous n’avons pas encore la preuve que les mouvements spirituels poussent les laïcs à s’engager dans le monde de l’industrie, de la politique, etc…
 
 
Mouvement prophétique christocentrique
 
Nous devons travailler à approfondir la fonction prophétique du mouvement JEC à l’intérieur de l’Eglise. Les prophètes en effet, critiquent l’institution en raison même de leur fidélité à la Parole de Dieu. Dans l’Ancien Testament, la pire des situations c’est lorsque «  il n’y a plus de prophète. » Il nous faut approfondir cet aspect avec les jeunes. Cette fonction prophétique a deux faces, l’une dans la mission au monde, l’autre comme critique provocatrice envers la communauté de l’Eglise. Vers l’extérieur, en faisant naître les signes du Royaume. A l’intérieur de la communauté : en l’interpellant pour sa propre conversion afin qu’elle soit vraiment signe du Royaume, et ainsi libératrice. Si l’Eglise est sacrement du salut, ne devient-elle pas aussi lieu d’action pour les jécistes pour l’aider à se libérer, à être partie prenante de la lutte, et à l’exprimer ? La J.E.C devra aussi sensibiliser la communauté en révélant l’Esprit déjà à l’œuvre hors de la communauté dans le monde. Enfin, il faudra sans doute étudier aussi la fonction prophétique : Dénoncer, provoquer, annoncer, détruire, construire. « Jér1,10)
 
            La J.E.C est dite essentiellement «  centrée sur le Christ » . Mais est-ce suffisant de l’énoncer comme cela ? Concrètement, qu’est-ce que cela veut dire ? Orientée ou centrée sur le Christ ? De quel Christ s’agit-il ? Quelles images du Christ avons-nous en tête ? Lesquelles présentons-nous ? Quelles images du Christ sont-elles perçues par les jécistes et le mouvement ? Quelles images du Christ les jeunes forgent-ils aujourd’hui et à partir de quoi et d’où ? Il semble qu’au départ, nous pouvons dire comme constat commun que ce qui motive les jécistes, c’est la personne même de Jésus, le Jésus historique, l’homme Jésus, qui agit, qui parle. Ce Jésus est découvert à partir de la vie d’aujourd’hui qui agit comme révélateur de l’Evangile, et non d’abord à travers l’enseignement de l’Eglise.
 
Par ailleurs, le Christ lui-même est centré sur Dieu, sa volonté, son plan à réaliser. Saint Paul ne disait-il pas : « tout est à vous, vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu » (1Cor3,23) N’y a-t-il pas dans ce « centrage » du Christ sur Dieu un terrain favorisant une action commune ? Et qu’est-ce que cela implique par rapport à l’Eglise ? N’y a-t-il pas un hiatus, une rupture (au moins provisoire) avec l’Eglise à partir de cette découverte du Christ historique ? Quel est l’intérêt pour les jécistes de définitions doctrinales à propos d’une personne ? Quel lien avec la vie quotidienne qui semble avoir préoccupé Jésus tous les jours ?
 
Cette nouvelle compréhension qui vient des jécistes n’est-elle pas un maillon nouveau dans la chaîne de la Tradition vivante de l’Eglise, dans le « sens de Dieu » qui guide l’Eglise et dont parle Jean Paul II ? N’est-elle pas une libération d’un esclavage religieux ? Pourquoi a-t-on parfois l’impression que la fidélité à l’Evangile va de pair avec une certaine déception par rapport à l’Eglise qui leur semble avoir caché le Christ ? Toutes ces questions sont à prendre au sérieux, et la bonne philosophie dit que dans une question bien posée s’élaborent déjà des réponses.
 
 
Mouvement au cœur de la société
 
Aujourd’hui, il est important que l’Eglise se mette réellement, à travers ses responsables hiérarchiques, à l’écoute des jeunes. Les jeunes seront heureux de vivre dans une Eglise qui écoute et qui, à l’image de Jésus Christ, se révèle constamment accueillante et pleine d’amour. On peut se demander si nous sommes convaincus que les jeunes de la J.E.C nous apportent quelque chose ainsi qu’à toute l’Eglise. « Dans les jeunes, en effet, écrit Jean-Paul II, l’Eglise lit la voie à suivre vers l’avenir qui l’attend… et les jeunes ont tant de choses à dire à l’Eglise. » ( Exhortation apostolique les fidèles laïcs. N°46 )
 
 
            Nous sommes souvent assez réticents à l’engagement des jeunes dans les problèmes de la société. Il faut continuer à croire qu’un mouvement comme la J.E.C peut se révéler prophétique et favoriser la mise en place d’une morale sociale et politique saine. « Ce serait de la schizophrénie de séparer la religion et la politique », disait Mgr Sin au Synode de 1987. La participation et l’engagement sont des devoirs qui découlent des implications séculières de l’Evangile et du Royaume de Dieu. Se mettre totalement à l’écart de ce qu’exige la transformation politique, c’est certainement, en un sens, un déni de l’identité chrétienne. (cf. D.C n° 1951, p 1113)
 
 
 
 
 
 
 
 
III. LA MISSION DE LA J.E.C
 
Mission dans l’Eglise
 
Ce qui détermine la mission, c’est la volonté de Dieu, exprimée et réalisée par le Christ. Etre disciple du Christ, penser et agir comme lui, avoir les mêmes solidarités que Lui, remplacer le vieux vin par du nouveau, et donc créer une terre nouvelle. Voilà mission prophétique du Christ dont s’inspire la J.E.C.
 
            La J.E.C est mouvement d’Eglise en ce qu’elle se veut partie prenante de la mission prophétique du Christ et de l’Eglise, et uniquement de cette mission. Tout le reste est au service de cette mission. Le but de la mission, c’est le salut  et ce salut «  en son sens profond et véritable renvoie au Royaume ». Le Royaume doit être annoncé et réalisé partout, et la J.E.C s’y attache là où vivent les jeunes, école et société ensemble.
 
            L’Evangélisation vise avant tout la transformation, la « transfiguration » : Dieu nous appelle à édifier une société où les structures sont faites pour permettre aux hommes de vivre en enfants de Dieu et cohéritiers. Ainsi, construire la fraternité entre les hommes, (et les structures qui la soutiennent et la provoquent) est signe de la présence de Dieu. (SCEAM 63). Forger des mentalités nouvelles en est un moyen.. «  En effet le but de l’Evangélisation est de convertir la conscience personnelle et collective des hommes et de transformer en même temps l’activité dans laquelle ils s’engagent : la vie, l’environnement socio-politique et économique qui sont les leurs. Une évangélisation authentique s’exprime nécessairement dans une action de promotion humaine. »
 
            « L’Evangile ou la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu est donc l’annonce par Jésus d’un nouvel état de choses sur la terre. » . Nous pouvons ici nous reposer la question, Sommes-nous d’accord que l’Evangélisation comme fonction prophétique de l’Eglise, est vraiment la priorité dans l’exercice de laquelle l’Eglise n’existe pas ? «  Evangéliser est en fait la plus profonde identité de l’Eglise ». (E. N 14). La J.E.C est-elle prête à s’engager dans cette perspective ? Il s’agit pour elle de s’inscrire dans son identité sans complaisance, car finalement elle ne peut exister que si elle choisit d’évangéliser. Evangéliser signifie annoncer en rendant concrètement conforme à l’Evangile la société des hommes, globalement, collectivement, et donc transformer les mentalités globales, les structures mentales, les structures socio-économiques d’une société construite actuellement sur des structures de péché. Il s’agit de travailler pour qu’elle devienne une société basée sur les valeurs de l’Evangile. Une telle société, c’est le Royaume de Dieu.
 
Si nous sommes d’accord que l’Evangélisation est la raison d’être de l’Eglise, qu’elle est transformation et donc conversion de la société selon l’Evangile, et que cela vaut la peine qu’un mouvement comme la J.E.C s’y consacre entièrement, il reste des points à préciser. Que doit doit-on transformer et qui doit-on transformer ? Faut transformer les hommes ou les structures ou les deux à la fois. Une chose est claire : transformer les structures de mentalité implique tout un bouleversement culturel. S’il faut être solidaire avec les aspirations des jeunes, il faut chercher à bien cerner ces aspirations là. Quelles sont les véritables aspirations des jeunes aujourd’hui ? Quels sont aussi les appels au salut ?, les interpellations du moment ? Transformer implique automatiquement libérer du mal pour ouvrir à une vie autre. Car comme dit le pape : « le Royaume est source de complète libération ». L’annonce de la Bonne Nouvelle elle-même par Jésus apparaît comme une vraie libération. Par exemple, le Seigneur ressuscité entre dans la gloire du Père. Mais en rentrant, il répand son Esprit sur son corps visible qu’est l’Eglise, pour que par sa vie même, l’Eglise soit le sacrement, le signe qui révèle son action libératrice dans l’histoire des hommes.
 
Sacrement de Jésus Christ, l’Eglise se consacre en toute situation à cette action libératrice de Jésus. Cela signifie que la mission évangélisatrice de l’Eglise inclut, nécessairement, comme partie intégrante, la solidarité avec les hommes et la participation à l’effort de ceux qui luttent pour atteindre une libération plénière et un progrès dans tous les domaines : Socio-économique, culturel et spirituel. Par mission, elle est la conscience des sociétés humaines pour condamner le mal, dénoncer les projets pervers et les structures injustes. Conscience de la valeur infinie de la personne humaine, l’Eglise doit concentrer son effort sur le changement des esprits et des cœurs ainsi que des conditions de vie. Elle doit s’efforcer d’humaniser les modes d’existence, de travail, de relation et les libérer des conséquences du péché, que sont les structures injustes, les forces d’oppression, les aliénations de toute sorte.
 
Au sein d’une Eglise servante
 
Nous sommes d’accord que l’Eglise est avant tout une Eglise Servante à l’image de son fondateur le Christ Serviteur. L’Eglise existe non pour elle-même, mais pour une mission précise : évangéliser, c’est-à-dire faire naître les signes du Royaume de Dieu qui est le seul absolu, car il est la volonté même de Dieu, le but poursuivi par Dieu, ce qu’il veut.
 
 

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commentaires

Oueiguelgue Miskine 02/04/2016 10:45

j'aime la JEC pour tout ce qu'elle fait aux jeunes.

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  • : Réseau des Anciens Jécistes d'Afrique
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  • : Ce blog permet aux anciens jécistes d'Afrique de se dire les uns aux autres ce qu'ils font en continuité avec l'idéal qu'ils poursuivaient quand ils étaient dans la JEC, sur les bancs du lycée ou de l'université : construire le Royaume de Dieu. Que ton règne vienne sur la terre comme au ciel !
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